Colloque international sur la consommation
De nos jours, le crédit très accessible incite les consommateurs à se procurer rapidement des biens et services qu’ils ne pourraient peut-être pas s’offrir autrement. En effet, depuis quelques décennies, notre société est passée d’une culture de l’épargne à une culture du crédit. La démocratisation, mais surtout la banalisation, de notre modèle de consommation basé sur le crédit a précipité notre société vers un niveau d’endettement et même de surendettement inégalé. L’an dernier seulement, plus de 22 000 familles québécoises ont dû déclarer faillite. Également plus de 36% des Québécois entre 25 et 44 ans déclaraient ne posséder aucune épargne. Cette situation, plus qu’inquiétante, a été au cœur des discussions tenues les 12 et 13 mars dernier à l’occasion d’un colloque international sur
Constats inquiétants
Les nombreux conférenciers présents lors de ce colloque ont dressé un portrait peu reluisant de l’état économique actuel des ménages québécois. Pour M. André Laurin, ancien membre de la CSN et pionnier en matière de protection des consommateurs, la situation économique actuelle est le résultat de l’endettement des consommateurs qui ne connaissent pas leur capacité d’emprunt. Selon M. Laurin, les banques se soucient peu de la capacité de remboursement de leurs clients ce qui permet aux consommateurs de s’endetter au-dessus de leur capacité et même d’avoir recours au crédit pyramidal : pour payer les créances de
Selon M. Clarence Lochhead, directeur exécutif de l’Institut Vanier de la famille, la situation économique des familles canadiennes est alarmante puisque l’augmentation de leurs revenus n’est pas en mesure de satisfaire à la hausse constante de leurs dépenses. De 1990 à 2008, le salaire moyen des ménages canadiens a augmenté de 12% alors que leurs dépenses pour la même période ont fait un bond de 24%. Toujours pour cette période, l’épargne annuelle des familles canadiennes est passée de 7000 $ à 2000 $. En négligeant ainsi l’épargne, les familles canadiennes diminuent grandement leur capacité de parer aux imprévus. En fait, selon l’étude menée par M. Lochhead et son groupe, le quart des ménages canadiens seraient incapables d’assumer une dépense imprévue de 5000 $ alors que 10% auraient des difficultés à composer avec une dépense imprévue de 500 $.
M. Rock Lefebvre, vice-président à la recherche et aux normes de l’Association des comptables généraux accrédités du Canada, avançait que, jusqu’à tout récemment, le marché immobilier permettait aux consommateurs de maintenir un certain équilibre entre leurs emprunts et leurs actifs réels. En effet, le prix élevé des maisons permettait aux familles de garantir la possibilité de rembourser l’ensemble de leurs dettes en cas de problème financier. La chute actuelle du marché immobilier est cependant venue briser cet équilibre fragile et certaines familles se trouvent dans l’incapacité de rembourser ce qu’elles ont consommé.
Le manque d’information des consommateurs au sujet du crédit est également un constat qui a été mis de l’avant lors des différentes conférences de l’événement. Mme Manon Lacourse, directrice des communications de
Solutions proposées
La plupart des conférenciers de l’événement étaient d’accord pour dire que la situation économique actuelle était prévisible et que nous devons profiter de ce constat d’échec pour envisager un nouveau modèle de consommation. Selon M. Thierry Bourgoignie, professeur titulaire et directeur du Département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal, il est temps pour les économistes de proposer un nouveau modèle de consommation qui ne serait pas soumis au crédit, ou à tout le moins, qui serait basé sur de nouvelles formes de crédit, lesquelles prendraient davantage en considération la situation de chaque consommateur.
Au point de vue juridique, M. Bourgoignie prône la mise en place d’une législation plus globale qui encadrerait l’ensemble des acteurs présents dans les domaines de la consommation et du crédit. Cette nouvelle législation devrait s’attarder à la responsabilisation des prêteurs notamment en instaurant une notion de « prêt raisonnable » et en introduisant des recours pour négligence ce qui obligerait les institutions financières à prendre en considération la situation de chaque consommateur lors d’une demande de crédit. De plus, la mise en place d’une réglementation particulière pour la protection des consommateurs surendettés est nécessaire afin d’éviter les abus qui sont trop fréquents à l’heure actuelle.
Il est primordial de faciliter l’accès à leur dossier de crédit aux consommateurs, afin qu’ils puissent suivre l’évolution de leur crédit en y vérifiant les informations contenues. La mise sur pied d’un registre central des renseignements sur le crédit répondrait à ce besoin. Ce registre pourrait contenir l’ensemble des dossiers de crédit et être accessible autant aux institutions financières qu’aux consommateurs. M. Bourgoignie, a également suggéré d’établir des balises légales afin de définir uniformément le pointage de crédit des consommateurs.
Pour M. Bourgoignie, les changements doivent tout d’abord passer par une volonté politique d’amener la protection du consommateur à un niveau plus élevé mais également en privilégiant l’éducation des consommateurs. Certains conférenciers ont d’ailleurs proposé d’intégrer des cours sur la protection des consommateurs au programme d’études secondaires. Pour M. Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, la classe politique doit comprendre que la relance de l’économie doit se faire par des investissements dans les infrastructures collectives et non en favorisant la consommation individuelle. Il croit qu’il ne faut pas espérer des solutions à l’échelle planétaire mais bien favoriser les initiatives locales.
Ainsi, à défaut d’avoir réussi à prévenir la crise économique qui frappe une bonne partie de notre planète, les conférenciers présents à ce colloque ont lancé des pistes de solutions qui auraient certes intérêt à être entendues par la classe politique. Espérons que certaines des solutions proposées trouveront leur place dans les travaux de réforme de la Loi sur la protection du consommateur.